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La Nuit étoilée

La Nuit étoilée

Vincent van Gogh · 1889 · MoMA, New York

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On est en juin 1889. Van Gogh vient de s'interner volontairement à l'asile Saint-Paul-de-Mausole, près de Saint-Rémy-de-Provence, après la crise où il s'est mutilé l'oreille. Ce tableau, il ne le peint pas en extérieur devant le motif, comme il le fait d'habitude, il le peint de mémoire et d'imagination, en partie depuis la fenêtre grillagée de sa chambre, en partie depuis des souvenirs qui remontent de son enfance aux Pays-Bas.

Regardez la composition : le ciel occupe presque les deux tiers de la toile, ce qui est déjà un choix radical. Et ce ciel n'est pas calme. Des volutes tournent autour de la lune et des étoiles comme des tourbillons d'eau. Dans ses lettres à son frère Theo, Van Gogh explique qu'il veut peindre non pas ce qu'il voit, mais ce qu'il ressent en regardant la nuit, une agitation, une force presque cosmique. Ce qui est fascinant, c'est que des scientifiques se sont amusés, bien plus tard, à comparer mathématiquement ces tourbillons aux modèles physiques de la turbulence des fluides. Coïncidence troublante ou intuition géniale d'un œil habitué à observer intensément le mouvement, les deux explications se défendent.

Le cyprès sombre, au premier plan, n'est pas anodin non plus. En Provence, cet arbre pousse traditionnellement dans les cimetières : c'est un symbole de deuil depuis l'Antiquité. Van Gogh en fait une flamme noire qui relie littéralement la terre au ciel, comme un trait d'union entre le monde des vivants et quelque chose de plus grand. Quant au petit village en bas, avec son clocher pointu, ce n'est pas un village provençal, c'est une architecture typiquement néerlandaise. Van Gogh peint la Provence avec la mémoire de la Hollande.

Le plus émouvant, peut-être : ce tableau n'exprime pas seulement l'angoisse qu'on lui prête souvent. Dans ses lettres de cette période, Van Gogh parle de chercher une forme de foi dans l'éternité de la nature, les étoiles comme une consolation, pas seulement comme un vertige. Il vendra un seul tableau de son vivant. Celui-ci ne trouvera son public, immense, qu'après sa mort.

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